4chan de Brass’

12 Apr

Les copains affligés, les copines en pleurs
La boîte à dominos enfouie sous les fleurs
Tout le monde équipé de sa tenue de deuil
La farce était bien bonne et valait le coup d’œuil
Les quat’z’arts avaient fait les choses comme il faut
L’enterrement paraissait officiel. Bravo!
Le mort ne chantait pas : “Ah ! c’qu’on s’emmerde ici !”
Il prenait son trépas à cœur, cette fois-ci
Et les bonshommes chargés de la levée du corps
Ne chantaient pas non plus “Saint-Eloi bande encor !”
Les quat’z’arts avaient fait les choses comme il faut
Le macchabée semblait tout à fait mort. Bravo !
Ce n’étaient pas du tout des filles en tutu
Avec des fesses à claque et des chapeaux pointus
Les commères choisies pour les cordons du poêle
Et nul ne leur criait: “A poil ! A poil ! A poil !”
Les quat’z’arts avaient fait les choses comme il faut
Les pleureuses sanglotaient pour de bon. Bravo !
Le curé n’avait pas un goupillon factice
Un de ces goupillons en forme de phallus
Et quand il y alla de ses de profondis
L’enfant de chœur répliqua pas morpionibus
Les quat’z’arts avaient fait les choses comme il faut
Le curé venait pas de Camaret. Bravo !
On descendit la bière et je fus bien déçu
La blague maintenant frisait le mauvais goût
Car le mort se laissa jeter la terre dessus
Sans lever le couvercle en s’écriant “Coucou !”
Les quat’z’arts avaient fait les choses comme il faut
Le cercueil n’était pas à double fond. Bravo !
Quand tout fut consommé, je leur ai dit : “Messieurs
Allons faire à présent la tournée des boxons !”
Mais ils m’ont regardé avec de pauvres yeux
Puis ils m’ont embrassé d’une étrange façon
Les quat’z’arts avaient fait les choses comme il faut
Leur compassion semblait venir du cœur. Bravo !
Quand je suis ressorti de ce champ de navets
L’ombre de l’ici-gît pas à pas me suivait
Une petite croix de trois fois rien du tout
Faisant, à elle seule de l’ombre un peu partout
Les quat’z’arts avaient fait les choses comme il faut
Les revenants s’en mêlaient à leur tour. Bravo !
J’ai compris ma méprise un petit peu plus tard
Quand, allumant ma pipe avec le faire-part
Je m’aperçus que mon nom, comme celui d’un bourgeois
Occupait sur la liste une place de choix
Les quat’z’arts avaient fait les choses comme il faut
J’étais le plus proche parent du défunt. Bravo !
Adieu les faux tibias, les crânes de carton
Plus de marche funèbre au son des mirlitons
Au grand bal des quat’z’arts nous n’irons plus danser
Les vrais enterrements viennent de commencer
Nous n’irons plus danser au grand bal des quat’z’arts
Viens, pépère, on va se ranger des corbillards

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4 Responses to “4chan de Brass’”

  1. Marie-Claude Peyraud January 11, 2016 at 11:24 pm #

    Après nos blogs, je te retrouve ici, Martha. Et tu as raison, mieux vaut rire de cette épée de Damoclès suspendue au dessus de nos têtes, plutôt que d’en pleurer. Ton poème pourrait figurer dans un roman de Dostoïevski. Je t’embrasse. Marie-Claude (du rire aux larmes).

    • flabberghasted September 11, 2016 at 12:20 am #

      Salut Ma Clo ! Heureuse de te lire. J’aime bien la façon dont tu précises “Marie-Claude du rire aux larmes”, parce que les sujets que tu développais avec tant de passion ne sont pas de quelqu’un qu’on oublie.
      Ce poème n’est pas de moi ! C’est du Tonton Georges (Brassens). Le titre véritable est “Les 4 z’arts”.
      J’ai quitté Paris, pour un refuge Cévenol, un appart tout confort, et comme il faut un cauchemar partout où l’on va, ici c’est la paysanne du dessus qui étend son linge aussi bas que possible, come pour me cacher la vue. A bientôt Ma-Clo. J’ai repris un peu de poids et j’arrive à marcher toute seule. Donc je vais reprendre mes blogs (seulement, je n’ai plus grand ‘chose à dire qui ne soit anodin !) Ooz qui pense à toi.

      • Marie-Claude Peyraud September 12, 2016 at 8:23 am #

        Ma très chère Ooz, ta réponse tellement attendue va enchanter toute ma journée de vacancière esseulée sur la Côte d’Azur. Je sais, c’est un endroit bien superficiel, mais j’aime tellement me baigner dans cette Méditerranée si chaude ! Mon mari ne m’a pas suivie, il souffre d’ulcères aux jambes et un petit break, à 47 ans de mariage, ça ne fait pas de mal… J’ai arrêté mon blog mais je me défoule souvent sur Facebook sous mon nom : Marie-Claude PEYRAUD. Si tu en fais partie, sous quel nom ? Je t’embrasse très fort, à bientôt, Marie-Claude.

      • flabberghasted September 12, 2016 at 9:50 pm #

        Chère ! Je n’ai eu d’autre choix que de me réfugier en région Gardoise (vers Alès), avec ma chère Fille et ma Petite-Fille. Tout-à-fait plaisant : tellement moins de monde, et par là-même tellement moins de tension(s?). Et l’hiver est moins long, et l’été est merveilleux, parce que nous sommes à cinquante mètres d’une jolie rivière, on peut se baigner ! Je n’écris plus du tout, enfin, plutôt rarement. Sur Facebook je suis abuela de kermal, ou Marto Fossille. Je me contente de cliquer sur un pouce bleu ou sur un coeur rouge, histoire de donner signe de vie. Je remanie sans cesse mon (très mauvais) petit livre, sur https://
        amnesiakermal.wordpress.com , mais je préfère jouer et travailler avec ma petite-fille (l’année du CP !). Niveau santé c’est pas très glorieux. Je plains beaucoup ton pauvre mari qui doit souffrir aussi. Luside aussi n’a pas écrit depuis plusieurs mois sur son blog “latarailletteàcoujorle”, un nom comme ça. Une femme amoureuse des fleurs et des randonnées en montagne. Je vais aller voir ton défouloir facebook. Moi aussi je t’embrasse très fort. Ooz

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